Pour comprendre les enjeux des Jeux Olympiques de Rio 2016, retraçons l’histoire du pays, jusqu’au contexte actuel, afin d’en comprendre les inégalités socio-spatiales.

Le Brésil est le plus grand Etat d’Amérique latine et le 5e plus vaste pays au monde. Il compte 206 millions d’habitants pour une superficie d’un peu plus de 8,5 millions de km², soit la moitié de l’Amérique du Sud. Etat gigantesque, il est frontalier avec tous les pays du continent sud-américain hormis l’Equateur et le Chili.

Grande puissance de l’Amérique du Sud, le Brésil est membre de l’ONU (Organisation des Nations Unies), du Mercosur (Marché Commun du Sud), du G20 et des BRICS (alliance de puissance émergentes : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).  

Avec un IDH (Indice de Développement Humain) d’environ 0,755 sur une échelle située de 0 à 1, le pays est considéré comme « en développement ». Il est 75e en 2014, dans le classement des pays par IDH. Bien qu’élevé, de très fortes disparités sont observables sur l’ensemble du territoire. Le Sud est fortement urbanisé et très touristique, avec un IDH beaucoup plus élevé, tout comme un taux de richesse beaucoup plus fort, que le Nord, plus rural.

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A Rio, ces disparités sont également très marquées. Elles illustrent, à plus petite échelle, les inégalités présentes sur tout le territoire brésilien.

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Crédit : Académie de Nantes 
Le Brésil, est subdivisé en 4 grandes régions : la zone nord, le centre, la zone sud et la zone ouest. Elles accueillent chacune des classes sociales bien définies.
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Avec comme capitale Brasilia, ce pays bénéficie d’une armée puissante, ainsi que de très grandes réserves de pétrole, il a le leadership dans presque tous les domaines sur le continent Sud-américain. C’est l’un des rares pays à avoir une chance de devenir un jour une superpuissance mondiale.

Il aura d’ailleurs connu une grande croissance économique au XXème siècle, tout comme un accroissement des inégalités sociales.

Un peu d’Histoire…

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Colonisateurs arrivant au Brésil. Crédit : Plinio correa de oliveiro.info

En 1494, le Brésil devient une colonie portugaise avec la signature du traité de Tordesillas. La ville de Rio de Janeiro fut une capitale coloniale jusqu’en 1808. En 1821, le Brésil est élevé au rang de Vice-royauté par le Portugal.

Le pays bénéficie d’importantes ressources telles que l’or, la canne à sucre ou le pétrole, ce qui en fit un lieu de convoitise pour les pays européens. Pays métissé,  on y trouve une importante communauté noire provenant de la Traite des esclaves et le commerce triangulaire qui commença dès 1550 pour la production sucrière.

Au XVI° siècle, l’évangélisation des indiens, notamment par les Jésuites (film MISSION) les a fortement impactés. Les brésiliens sont restés très religieux, ils expriment leur foi dans la vie et ce malgré leur très grande pauvreté (interview). Ceci se retrouve même dans le paysage local avec le célèbre Christ rédempteur surplombant la baie de Rio.

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Christ rédempteur sur la ville de Rio. Crédit : buzzly.fr

De 1821 à 1825, l’Empire du Brésil se révolte contre le Portugal pour finalement obtenir son indépendance. Cependant, il reste pendant très longtemps un pays « émergent », « en voie de développement » et représente le seul héritage du Portugal en terre américaine.

En 1888 une Révolution éclate au Brésil, et conduit à l’abolition de l’esclavage par l’empereur Pierre II, renversé par un Coup d’Etat l’année suivante, la République est proclamée.

Dans les années 1930, dans un contexte de crise économique, après le krash boursier de 1929, Getulio Vargas s’empare du pouvoir par un Coup d’Etat.  En 1937, il forme « l’Estado Novo » et crée de nombreuses mesures sociales comme le droit de vote des femmes, ou encore la sécurité sociale pour les travailleurs. Vargas mène alors une politique nationaliste et promeut la culture brésilienne. Par la suite, les partis politiques seront interdits et la presse, les médias et les lettres seront fortement censurés…

Le pays s’engage ensuite dans la Seconde Guerre Mondiale au côté des Alliés en 1942. En 1945, Vargas démissionne et le pays entre alors dans une période difficile rythmée par plusieurs coups d’Etat.

Entre 1956 et 1960, le pays se modernise, « Brasilia » devient la nouvelle capitale : c’est le début de l’ère de conquête du territoire par les grands chantiers.

A partir de 1964, le Brésil est gouverné par une dictature militaire de droite, à la suite d’un nouveau Coup d’Etat, et se maintient au pouvoir pendant deux décennies. L’inhabilité des militaires à gouverner et la corruption, conduisent à un retour à la démocratie et l’élection de José Sarney en 1985. En 1993, le Brésil vote en faveur d’un système républicain au référendum.

En 2002, Luiz Inacio Lula Da Silva est élu président puis réélu en 2006. Il est le premier à être issu du Parti des Travailleurs. Sous le gouvernement Lula, le pays sort du marasme économique, accède au statut de pays émergent, il y a retour de la confiance des banques et la monnaie se stabilise.  En septembre 2010, le géant pétrolier Petrobras devient le symbole de cette forte croissance en réussissant la plus grande augmentation de capital de l’histoire.

Par la suite, l’héritière politique du Président Lula sera Dilma Rousseff, première femme élue présidente de la République en 2010. En 2016, elle est officiellement destituée pendant l’année des Jeux Olympiques pour soupçons de corruption. Dilma Rousseff dénonce un coup d’Etat organisé par Michel Temer et ainsi le répétition de l’histoire du Brésil.

C’est Michel Temer, son ancien Vice-Président qui présidera la Cérémonie d’Ouverture des Jeux Olympiques.

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Les favelas, ces quartiers insalubres où les habitants se cachent et dansent… 

C’est au XIX° siècle que les premières favelas feront surface à cause de pénuries de logements et de crises économiques et politiques…

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 » À Rio, ce sont les pauvres qui regardent les riches d’en hauts. »  
-Carioca vivant dans une favela pour Le Monde

Au Brésil, plus précisément dans la ville de Rio de Janeiro, un tiers de la population urbaine vit dans des favelas. Rio de Janeiro compte 6 millions d’habitants dans l’aire urbaine et 12 millions dans son agglomération.

Les favelas sont situées sur des terrains occupés illégalement, et les habitations sont construites avec des matériaux de récupération. Ce sont des familles très pauvres, qui n’ont pas les moyens de vivre ailleurs qui s’y installent. Rio en compte aujourd’hui près de 970. Jusqu’en 2010, le Brésil était considéré comme le pays le plus pauvre de la planète. Selon un recensement daté de 2010, les favelas de Rio sont composées de 68,4% de personnes dites «noires» et «métisses».

Les difficultés des favelas sont nombreuses :

  • Manque d’infrastructures (égouts, accès aux transports)
  • Très grande misère
  • Violence et criminalité (forte insécurité): les gangs de drogue se font la guerre dans les rues et la police tente de les réprimer (en 2007, 1260 personnes ont été abattues par la police à Rio, une hausse de 18,5 % en 2006),

Cependant, ces quartiers:

  • sont aussi le berceau d’une culture populaire très vivante (origine de la samba et de la musique noire et rebelle à la gloire du Malandro, un bandit mythique),
  • accueillent les cultes religieux africains qui s’y développent abondement,
  • sont également remplis d‘espoir, de vie, de croyances variées et d’entraides comme le montre La cité de Dieu (film 2002),
  • sont soutenus par certaines mairies et entreprises soucieuses de leur responsabilité sociale.

Roçinha : est la plus grosse favela de Rio, et de toute l’Amérique Latine. Avec une population estimée à 150 000 habitants, son infrastructure est plus développée que dans la plupart des autres favelas. Elle se démarque également par la volonté de ses habitants d’améliorer leurs conditions de vie, à travers des projets locaux œuvrant dans ce sens.

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Bien avant les manifestations de mécontentements dus aux Jeux Olympiques, beaucoup de délinquance et de violence régnaient dans la ville, en raison du trafic de drogue et des guerres de gangs, envahissant la Cité de l’intérieur. Une malédiction pour la ville…

Les Inégalités et l’extrême pauvreté au Brésil:

Vivre dignement avec le salaire minimum au Brésil, où le coût de vie a explosé dernièrement, est presque impossible. Les programmes d’assistance (bolsas) représentaient d’ailleurs en 2012, 36,3 % du revenu des familles touchant jusqu’à 1/4 du salaire minimum.

Voici quelques statistiques indicatives du niveau de pauvreté et des inégalités au Brésil en 2012 :

Les Plus Pauvres (environ 16 millions) :

Les Plus Riches :

En 2012, 10% des brésiliens les plus pauvres possédaient 1,1% des revenus totaux du pays,

quand 10% des plus riches contrôlaient 41,9% du revenu national (selon une étude de l’IBGE de Novembre 2013).

14,1% des noirs et métisses composent les 10% des plus pauvres contre 5,3% de la population blanche.

à l’inverse, les 10% des plus riches sont formés par 15,9% des brésiliens blancs et 4,9% des population noirs et métisses.

1,4 millions d’enfants brésiliens de 5 à 14 ans sont contraints à se lancer sur le marché du travail(publié lors de la journée mondiale contre le travail des enfants),surtout dans les zones rurales où se concentre la pauvreté et les écoles sont rares (taux d’analphabétisme à 17% en 2008).

seulement 32% de la population aura fait 4 ans d’études et 15,8% pour plus de 8 ans à cause de la distance des établissements, l’exploitation des enfants, le manque de moyens et la ségrégation sociale/raciale.

Bien que le Brésil soit le seul pays de plus de 100 millions d’habitants offrant à sa population un accès universel à la santé, on trouve de grandes inégalités sociales et géographique avec une mortalité infantile de 2,24 fois plus importante dans la région Nord-Est que dans celles plus riches du Sud.

Aussi, l’état ne disposant pas de moyens suffisants pour garantir à tous un accès à la santé, il cofinance un système privé ne concernant qu’une partie de la population, laquelle doit payer d’importantes sommes pour bénéficier de soins.

Nous pouvons noter que : 

→ « le brésil reste un pays dans lequel le riche est blanc et le pauvre est noir » interview

seuls les plus riches font de véritables études

l’accès à la santé est plus qu’instable

les 10% des brésiliens les plus riches contrôlent presque la moitié du revenu national…

→ On assiste ici à une ségrégation et socialisation en fonction du milieu social et des origines culturelles dont il est très difficile de sortir.

Le fossé entre les plus pauvres et les plus riches est très net, visible dans le paysage urbain. Effectivement, les quartiers les plus pauvres sont situés en périphérie de la ville, et loin du centre-ville tandis qu’en bordure de mer, et dans le centre historique, ce sont des immeubles flambant neufs et à des prix exorbitants, réservés à une classe sociale de milieu aisé.

Pour résumer :

Le Brésil, pays continent avec une histoire tumultueuse, une population métissée, de très fortes inégalités sociales et culturelles, a connu un développement sans précédent. Hélas, depuis 2014, il traverse une crise économique, sociale et politique dans un climat de soupçon de corruption qui gangrène la cohésion nationale et fait naître de fortes insatisfactions.

En quoi les Jeux Olympiques représentent la promesse d’une amélioration de la situation, l’enrichissement du pays, la réduction des inégalités, l’apaisement des tensions et le retour à la croissance ?

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