Les JO semblaient prometteurs pour le Brésil, et plus particulièrement pour Rio de Janeiro. C’était l’occasion d’engager de grands travaux pour rénover la ville, mais aussi améliorer les conditions de vie de ses habitants. Cependant, les choses ne se sont pas passées comme prévu et certaines inégalités ont pu se retrouver accentuées. 

En proie à l’une des pires crise économique et politique de leur histoire, les Brésiliens s’apprêtent au lancement des  JO avec frustration et mélancolie.

Qui profite finalement des nouvelles infrastructures  ?

Rio est une ville possédant la plus grande forêt urbaine au monde, les populations les plus aisées de la ville de Rio de Janeiro occupent le centre et le littoral : le quartier Tijuca, Jacarepagua et Barra da Tijuca, sur des terrains secs et plats.

Les plus pauvres se concentrent sur des terrains difficilement constructibles, à flanc de colline, dans des zones marécageuses, ou à l’Ouest de la ville, loin des services et des emplois. A cela, s’ajoutent les favelas établies sur des terrains peu valorisés, en bordure des principales infrastructures de Rio. Ce contraste entre quartiers riches et pauvres est très visible dans le paysage urbain.

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A gauche une favela séparée par un mur d’un complexe de luxe à droite. Crédit : Confins.revues.orf

La nouvelle ligne de métro, ainsi que 3 des 4 nouvelles lignes de bus desservent le quartier aisé de Barra da Tijuca. C’est ici qu’est construit le parc olympique, alors que les réels besoins en infrastructures sont situés à l’Ouest et au Nord, où les transports en commun sont insuffisants, saturés et dégradés.

Le problème : ces travaux, ainsi que les lieux où sont construits les complexes olympiques sont tous situés près des quartiers privilégiés de Rio. Les pouvoirs publics ont favorisé la zone sud, ou le littoral, qui concentrent les lieux touristiques, le centre historique et celui des affaires.

C’est donc aux plus riches que semblent voir profité les nouveaux transports.

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Répartition des quartiers riches (en jaune) et des activités touristiques à Rio. Crédit : Le Monde

Des travaux sources de polémiques et de contestations :

L’Etat de Rio a aussi du faire face à de nombreuses polémiques autour des Jeux Olympiques, plus particulièrement pendant la réalisation des travaux :

  • La réalisation de la ligne 4 du métro : chantier le plus coûteux et l’un des plus en retard de ces XXIèmes Olympiades. Cette ligne éloignée des quartiers pauvres servira peu à ceux qui en auraient le plus besoin.
  • Lors du premier jour de fonctionnement du tramway, celui-ci a été émaillé de retards et de pannes électriques, ce qui met en doute la qualité de cette réalisation.
  • Un village olympique insalubre, aux murs suintants et aux toilettes bouchées, dénoncé en premier par l’équipe australienne. Un agacement renforcé quand Eduardo Paes, maire de Rio a cru bon de « proposer de leur livrer un kangourou pour qu’ils se sentent plus à l’aise« .
  • Faute de budget, les 3 604 chambres du complexe ne bénéficieront pas d’un écran de télévision.
  • De plus, durant les travaux de remise à niveau du village olympique, le ministère du travail aurait découvert 630 employés illégaux.
  • Une piste cyclable, qui fut construite le long du front de mer, s’est effondrée à peine quelques jours après son inauguration, faisant 3 morts.
  • Enfin, tous ces travaux ont coûté 12 milliards de dollars alors que l’Etat de Rio est entré en état de « calamité publique« , tant il est criblé de dettes face à l’une des plus importantes crises économiques de son histoire.
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Crédit : RTL

Très controversés, les travaux en général, ont pris beaucoup de retard, dans des conditions de travail dangereuses. On déplore 11 travailleurs morts sur les chantiers.

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L’endroit où la piste cyclable s’est effondrée. Crédit : Le Monde

A cela s’ajoute la propreté de la baie de Guanabara, où auront lieu les épreuves nautiques. Au début, l’objectif était de nettoyer entièrement la baie, mais finalement, dû à un retard de prise en charge, celui-ci est devenu de se débarrasser des détritus flottants !

Les égouts de la ville s’y déversent sans discontinuer et l’agence de presse américaine AP a estimé qu’en 2015, la pollution des eaux était 1,7 millions de fois plus élevée que le standard d’une plage californienne.

A tels points qu’à quelques jours du début des JO, les experts de la santé s’inquiètent réellement et la jugent dangereuse pour les athlètes, en raison des nombreux déchets qui s’y déversent. Ils conseillent aux athlètes de « fermer la bouche » pour limiter la contamination. Le budget alloué étant passé des 4 milliards de dollars annoncés à 170 millions déboursés pour les opérations de dépollution, les promesses faites en 2009 n’ont pas été tenues.

« Il y a sept ans, le Brésil a été désigné pour les JO. Nous avions du temps et de l’argent pour nettoyer la baie. Le sujet a été oublié par les autorités. Pourquoi ne pas avoir fait les épreuves à Ilha Grande ou à Buzios, où les eaux sont plus propres ? »

– Mario Moscatelli (pour le Monde), biologiste et militant pour la défense de l’environnement.

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Des déchets dans la baie de Guanabara. Crédit : ici.radio-canada

Une sécurisation relative voire répressive :

De plus, la plupart des territoires pacifiés par les Unités de Police Pacificatrice (UPP) sont situés à proximité des infrastructures olympiques, ou dans les zones touristiques. Ceci a alors entraîné une spéculation immobilière sur ces territoires-là et par conséquent le départ des plus pauvres, encore plus vers l’Ouest. Même le succès des UPP dans la pacification des favelas est contesté. Certaines restent totalement hors de contrôle, malgré tous les efforts mis en oeuvre, entraînant seulement une « brimade » des populations (couvre-feu, interdiction des Bailes traditionnels).

Egalement critiqué, les méthodes policières, qui consistent à « tirer avant d’interroger » d’après Renata Neder, conseillère en droits humains pour Amnesty International. Elle dénonce les mesures extrêmes utilisées par la police, très violentes, et qui terrorisent les populations, sans qu’il n’y ait forcément d’effet sur les trafics.

« Les policiers sont entraînés à faire la guerre. Jusque dans les années 1990, le nombre de personnes abattues par un policier était un signe de productivité récompensé financièrement », témoigne t-elle (Le Monde)

Ces violences urbaines et les affrontements entre policiers et gangs entraînent à chaque fois des dizaines de morts dont des civils. Ceci, accentuant l’image d’insécurité que pourrait refléter Rio avant les Jeux Olympiques.

Aujourd’hui, dans plusieurs favelas, la criminalité est repartie à la hausse et les gangs ont repris le pouvoir. Les UPP se retrouvent aujourd’hui discréditées par les soupçons de corruptions  avec les trafiquants de drogue. Le tout entraînant une réduction drastique des effectifs d’une police désormais jugée inefficace.

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Crédit : L’espace politique 

Les plus pauvres qui paient la note …

Au mois d’Avril 2016, à 2 mois de l’ouverture des JO, Vila-Autodromo – favelas proche du village olympique – est une sorte de ville fantôme à l’Est de Rio. Trois ans plus tôt, cette favela, coincée entre le chantier olympique, une lagune, et au loin les quartiers luxueux de Rio, abritait 600 familles. A présent, à l’aube de l’ouverture des Jeux, elle n’en compte plus que 50, qui résistent encore et toujours aux coups de pelleteuses.

En effet, ce territoire fut autrefois Zone d’Intérêt Spécial, pour y loger des familles à faibles revenus. Aujourd’hui, cet endroit est devenu un point stratégique, situé à 2 pas du futur village olympique, que la municipalité souhaite se réapproprier.

Les habitants qui refusent de partir doivent faire face à des coupures d’eau et d’électricité quotidiennes. Mais à quelques mois de l’inauguration des Jeux Olympiques, les pressions sont de plus en plus fortes.

« La Mairie, quand elle veut détruire une maison, envoie 500 gardes municipaux. Ils ne laissent pas les habitants s’approcher de leur maison, ils nous frappent. C’est une insécurité permanente, comme quand ils ont détruit ma cuisine et mes toilettes. Heureusement qu’ils n’ont pas touché ma chambre où j’étais en train de dormir. »

-José, habitant de Vila Autodromo (Arte Info)-

Les habitants se sont alors lancés dans un plan de contre-urbanisation et de longues batailles juridiques avec la ville de Rio.

« Le Maire [Eduardo Paes], avait promis que les habitants qui le voulaient pourraient rester. Il a dit qu’il présenterait en ce sens un plan d’urbanisation. Depuis 2 ans, rien n’a été fait. »

-Carlos Vainer, urbaniste à Rio de Janeiro (Arte Info)- 

La Mairie a quand même finit par proposer une alternative aux habitants : des logements sociaux, situés à 1 km de la communauté. Malheureusement, certains habitants regrettent amèrement d’avoir accepté la proposition. En effet, elle leur avait promis d’habiter dans un grand complexe privé, et se retrouvent dans de plus petits logements en moins bon état qu’annoncé. Mais en plus, les derniers résistants se retrouvent bien mieux indemnisés que les premiers, parfois au chômage.

Même s’ils savent que leur voix ne pèsera pas lourd face à la spéculation immobilière, ils auront résisté jusqu’au bout puisque le complexe sera achevé et ils seront expulsés de gré ou de force.

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Une maison à moitié détruite et habitée à Vila Autodromo. Crédit : Brazil.elpais

Sur tous les travaux réalisés, peu d’infrastructures bénéficieront réellement à la population. On parle « d’éléphants blancs » pour qualifier les coûteux bâtiments construits, neufs mais qui ne serviront plus, une fois l’événement terminé, alors que certains auraient pu être transformés en logements (sociaux).

Ensuite, les « murs écologiques » mis en place pour préserver l’environnement des nuisances des favelas, ont tous été installés dans celles proches du centre de la ville et de complexes olympiques. Une fois installés, ils encerclent la favela et ses habitants se retrouvent en quelque sorte « coupés » du reste de la ville. Celle-ci n’est alors plus visible par les habitants des beaux quartiers alentours. Ils ressemblerait ainsi davantage à des murs pour cacher la misère des favelas qu’à des murs de protection de l’environnement.

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Les murs écologiques et les zones qu’ils couvrent à Rio. Crédit : Le Monde

Egalement critiqué et remis en cause, les programmes d’aides à l’habitation tels que « Minha casa Minha vida »: ceux-ci sont confiés à des promoteurs privés, qui construisent alors des logements sociaux, mais de plus en plus à l’Ouest. Là-bas le foncier est moins cher, mais cela entraîne un exil des populations pauvres et une ségrégation socio-spatiale encore plus marquée.

L’Etat favorise ainsi, par la construction du village olympique et autres infrastructures dans les quartiers aisés, les populations les plus riches. Les favelas « pacifiées » et sévèrement contrôlées, en bordure de ces quartiers, représentent une sorte de « favela vitrine », proches des complexes olympiques, elles sont censées montrer aux étrangers une réalité pas toujours vraie.

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Des militaires effectuant un contrôle. Crédit : cbn.globoradio.globo

Selon un sondage Datafolha réalisé les 13 et 14 juillet 2016, 50% des brésiliens s’opposent aux JO, 51% n’y voient aucun intérêt et 63% en attendent plus d’inconvénients que de bénéfices (Voir graphique ci-dessous). Les calculs de la banque Goldman Sachs corroborent ce sentiment. Les économistes jugent que les 10 milliards de dollars investis dans les infrastructures et la logistique sont trop modestes pour relancer l’économie.

2017-01-21
L’avis des brésiliens sur les JO.

La « mauvaise humeur » ambiante empêche les brésiliens d’avoir une bonne image des Jeux, dû à un contexte économique et politique sans précédent, et s’inquiètent de l’image ternie du pays juste avant les Jeux. Lorsque Rio est choisie pour accueillir les JO en 2009, le Brésil est alors gorgé de pétrodollars, et les JO sont désormais perçus comme le point final de ce cycle euphorique.

Pour résumer :

Cet état des lieux au moment du démarrage des JO, nous montre bien à quel point le rêve suscité par l’organisation de l’événement était éphémère à Rio.  Même si ces Jeux Olympiques ont permis de promouvoir la ville, les populations les plus pauvres qui auraient le plus besoin d’infrastructures et d’aide ont été laissées de côté, voire encore plus mises à l’écart. Les Jeux Olympiques n’étaient-ils là  que pour « épater la galerie » au niveau international ?